UN AIR DE BO (3)

•mars 1, 2009 • Laisser un commentaire

jarvisC’est un des meilleurs albums BD de l’année dernière, le deuxième volet d’un diptyque. En 2008, le Roi des Mouches scénarisé par Pirus et dessiné par Mezzo s’est définitivement assis sur le trône de l’excellence grâce à la narration forte et intransigeante de « L’origine du Monde ». Une histoire glauque pleine d’images fortes et poisseuses. Un cauchemar permanent où entrent en collision l’amour et le sexe, la colère et la violence, le désespoir et la mort. C’est grand. Dans ces deux albums, Pirus et Mezzo multiplient les réferences musicales. Les Stones (période Brian Jones) s’invitent dans un des chapitres. Des covers de disques se rendent coupables de « name dropping ». Les Smashing Pumpkins s’affichent dans la chambre de Marie, jeune maîtresse du Roi des Mouches. Un Roi qui lit Mojo et, surtout, écoute Pulp pour quelques cases qui nous ont remis « Dogs are Everywhere » dans les oreilles à la lecture du premier tome (« Hallorave »). Notez que l’amour du Roi des Mouches pour la musique de Jarvis Cocker se constatait dès le départ, au dessus de son lit est épinglé un poster ou s’ébroue la blonde en chaleur de la pochette de « This Is Hardcore ». Mais « Dogs are Everywhere » n’est pas tiré de cet album-là. Ce titre figure sur un des nombreux maxis publiés par Fire au milieu des années 80. Il est possible de la retrouver sur les compilations « Masters Of The Universe -Pulp On Fire 1985-1986 » (Fire 1994)  et « Countdown 1992-1983 »  (Nectar Masters Records 1996). Cette chanson en bande-son se redécouvre ballade désespérée et splendide de profondeur.

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YOUNG FOREVER

•février 23, 2009 • Laisser un commentaire

lawrenceLa curiosité est un bien joli défaut. Sans elle, je me serais s’abtenu de solliciter l’arrivée en mes pavillons de l’album « Lawrence Of Newark » de Larry Young. Sortis en 1973, entre les albums Blue Note (Unity…) et les oeuvres rares du Larry Young’s Fuel, les cinq morceaux repris ici s’épanouissent dans un jazz qui n’a peur de rien, ni du rythme, ni des envolées dopées à l’audace et à l’énergie brute. Le cocktail détonnant, résultat d’une fusion sans concession du rock, du funk, du free jazz et de l’expérimentation pure, trouve ses saveurs les plus abouties sur « Khalid Of Space Par Two – Welcome » . Il s’agit d’une longue fresque de douze minutes où se téléscopent percussions, orgue vociférant et cuivres en délire. Six ans plus tard, Lary Young était emporté par une pneumonie diagnostiquée trop tard. Triste fin pour cet as de l’orgue qui fut avec John Patton, la relève de choc recrutée par le label Blue Note, dans les années 60, pour combler le vide laissé par Jimmy Smith parti signer un juteux contrat chez Verve…        

« Lawrence Of Newark » par Larry Young chez Sequel Production / Castle (1973, réédition de 2001)

OPTIMUM MUSIC #1

•février 15, 2009 • Laisser un commentaire

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Tracklisting:

1. B.E.F.: Music To Kill Your Parents By / 2. RAYMOND SCOTT: Cindy Electronium / 3. MILES DAVIS: Rated X – Billy Preston (reconstructed and mixed by Bill Laswell) / 4. PIERRE HENRY: Rythme et Châtiment / 5. K-BRANDING: Africanurse / 6. LABRADFORD: Scenic REcovery / 7. DONALD BYRD: Essence / 8. ANNEXUS QUAM: Osmose III / 9. RED CRAYOLA: Free Form Freak Out / 10. JACK BRUCE: Tickets To Waterfalls / 11. ANIMAL COLLECTIVE: Lion In A Coma / 12. GRIZZLY BEAR + FEIST: Service Bell / 13. THE OPEN MIND: Free As The Breeze / 14. JIM MORRISON: American Night / 15. SUN RA: Great Balls Of Fire / 16. LIMBUS 4: Heiku

Notes:

befDerrière B.E.F. (The British Electric Foundation) se cachent Craig Marsh & Martyn Ware (Heaven 17, Human League). « Music To Kill Your Parents By » est extrait de la K7 « Music For Stowaways » (1978), première sortie commercialisée par BEF qui était, en fait, le nom d’une espèce de société de production sous contrat avec Virgin. « Stowaways » était le premier nom des walkmans, ce qui explique la sortie de ce mini-album uniquement en K7. On retrouve l’histoire de cet enregistrement dans « Rip It Up & Start Again » de Simon Reynolds: « Notre idée consistait donc à faire la ‘bande-son de votrre vie’. Nous l’avons mixé au casque olutôt que sur des haut-parleurs, pour que ça sonne bien sur un lecteur portable. Et nous l’avons sorti en édition limitée, à dix mille exemplaires ». /// Une petite vingtaine d’années plus tôt (1959), Raymond Scott sortait ce petit bijou de musique électronique particulièrement annonciateur des tendances electro à venir. Issu du jazz à l’esprit cartoon, Raymond Scott s’amusait aussi à construire des machines furieusement modernes en compagnie notamment de Robert Moog. /// Miles Davis revisité par Bill Laswell dans « Panthalassa – the music of Miles Davis 1969 – 1974 ». L’album est sorti en 1998 et compte quatre longues plages où fusionnent plusieurs morceaux d’une des périodes les plus exaltantes de Miles. Les versions originales de ces deux compositions peuvent se retrouver sur les sessions complètes et très conseillées de « On The Corner » sorties il y a deux ans. /// Pierre Henry est un compositeur français de musique concrète. Un bricoleur de génie qui travaillera, par exemple, avec Maurice Béjart, c’est d’ailleurs avec celui-ci que Pierre Henry connaîtra un succès étonnant grâce à « Psyché Rock » », jerk électronique puissant millésimé 1967. La pièce ici est plus récente (1996) et tirée de « Antagonismes IV ».  /// kK-Branding est une des plus belle chose apportée par le rock belge ces derniers temps. Expérimentale, aventureuse, forte, rustre et complexe, la musique de K-Branding est un bruit fait musique, un rythme à peine apprivoisé qui vous ravit les tripes et les neurones. L’écoute de « Facial », leur dernier album est essentielle. /// Les albums de Labradford méritent quelques pieuses réécoutes. Ce « Scenic Recovery » s’est imposé après avoir retrouvé le LP éponyme de 1996. Mark Nelson un des membres du groupe officie également sous le non de Pan.American. /// Donald Byrd en 1970 s’offre les services de Arto Moreira et d’Hermeto Pascoal qui viennent latinisé son jazz où se mèlent déjà soul et funk. L’album s’appelle « Electric Byrd » et se veut l’écrin d’un hit en puissance (« The Dude ») qui sera pillé par les générations futures. /// Annexus Quam est placé sous l’étiquette facile de « krautrock » comme tout ce qui se faisait d’un peu intéressant, en Allemagne, dans les années 70. Le propos ici est nettement plus jazz que chez les Neu!, Can et autres Ash Ra temple. Trompette et flûte viennent dériver dans un univers cosmique plein d’improvisations et de poussées d’adrénaline. Remarquable. /// L’année 67 est une mine d’or point de vue musique comme le prouve l’album de Red Crayola intitulé « The Parable of annexus1Arable Land ». On est confronté à une abondance d’ambiances et de sonorités façonnées par un nombre ahurissant d’intervenants parmi les lesquel on retrouve Roky Erickson des « 13th Floor Elevators ». Red Crayola a été formé en 1966, au Texas, sous l’impulsion de Mayo Thompson, guitariste et plasticien. /// Bon, pas besoin de présenter Jack Bruce (Cream), j’ai craqué pour ce morceau de 1969 repris sur la compilation « Rope Ladder To The Moon ». /// Animal Collective est le groupe le plus intéressant du moment, « Merriweather Post Pavillon » le prouve encore en ce début d’année. C’est déjà un des meilleurs albums de 2009.  /// Un autre album incontournable de ces derniers jours, « Dark Was The Night », ultime compilation en date sortie sous les auspices de la « Red Hot Organization » qui au-delà d’être à l’origine de projets musicaux enthousiasmants s’investit surtout dans la prévention et la lutte contre le Sida. Cette fois cest le label 4AD qui supervise une riche collecte de 31 chansons interprétées par une brochette d’artistes incroyable (Antony, Arcade Fire, Sufjan Stevens, Yo La Tengo, Kronos Quartet, Cat Power, David Byrne etc.). /// The Open Mind est  groupe dont l’unique album (1969) est un véritable archétype de la musique sunpsyché-pop de la fin des années 60. /// « An American Prayer », arrivé dans les bacs en 1978, est  un album décrié des Doors parce que bricolé et pas toujours de très bon goût. N’empêche, la voix de Jim Morrison parvient plusieurs fois à transcender l’opportunisme et la médiocrité… /// Dans cet enregistrement de 1958, Sun Ra est égal à lui même, unique et au-dessus de la mêlée, fusionnant jazz, big-band, rock, rumba et exotica/// Heiku est une curiosité exhumée d’un album de Limbus 4 publié chez Ohr un des grands labels de Krautrock (Guru Guru, Popol Vuh, Witthüser & Westrupp…). Bruitages, souffrances des instruments et substances illicites semblent habiter cet OVNI culturel.

UN AIR DE BO (2)

•février 8, 2009 • Un commentaire

belgiumrockUne image sortie de l’album « Les Arrachés – Ni Dieu, ni Freins » qui vient de sortir chez Fluide Glacial. L’histoire de deux sales gamins qui zonent dans un camping où déboule une autre ado un poil plus âgée en pleine rebellion avec son père. C’est terriblement belge, gentiment trash  et me fait penser à l’univers de Bouli Lanners (mon héros cinématographique de 2008). Belge? Oui, belge. D’ailleurs l’image ci-dessus trahit cette belgitude et même, cette liégitude. Car Lemmens et Piette sont de la cité ardente. Pas étonnant, dès lors, que lorsque Clitorine se défoule contre l’autorité paternelle, c’est dans un décor où les groupes et artistes belges s’affichent sans complexe. Hollywood Porn Stars, Two Stars Hotel, Jose Parrondo, ils sont tous là, voltigeant dans l’espace personnel de l’ado en rebellion. Xavier Lemmens (au dessin) et Hugo Piette (au scénario) travaillent notamment chez Spirou. Ils partagent également la particularité d’être nés en 1980 et d’avoir suivi des cours à Saint-Luc à Liège. Ah oui, j’oubliais. C’est vraiment un chouette bouquin!    

BELLES IMAGES (1)

•février 1, 2009 • Laisser un commentaire

image2Trois images qui n’ont grand chose en commun si ce n’est qu’elles sortent toutes d’une caisse dénichée à la brocante. Celle ci-dessus est extraite du 11ème numéro de la sixième année du journal de Spirou (champion de la bonne humeur). Ce numéro est daté du 14 décembre 1944. La guerre n’est pas encore terminée et Hitler est toujours en vie… Puis ci-dessous, deux dessins datés des années 50. Une couverture de la « Revue des Postes Belges » très dans l’air du temps et dont le message implicite s’expose dans l’édito: « Cette revue constitue un don de soi-même de la part de postiers, pour que d’autres postiers y trouvent un enseignement, une documentation, une distraction et surtout pour qu’ils sentent vibrer au plus profond de leur coeur et chyaque jour davantage, l’amour de leur métier, le métier de servir et d’accomplir une tâche quotidienne sans bruit, ni gestes désordonnés, pour le bien de la communauté ». L’autre dessin, une publicité pour « Gitanes », a notamment été publiée dans le « Tout Savoir » d’avril 1959. Quatre visages de femmes pour quatre sortes de cigarettes… Colin faisait partie des meilleurs affichistes de l’époque aux côtés de Savignac, Villemot, Moran ou encore Loupot. On lui doit notamment de belles oeuvres pour Air France.

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LOCK GROOVE

•février 1, 2009 • Laisser un commentaire

lockgroove1Une des plus chouettes initiatives bédéesques du moment, alliant passion du dessin et discours sur la musique, a été lancée l’année dernière sous la plume militante et inspirée de Jean-Christophe Menu. Fondateur inspiré et théoricien engagé de l’Association, Menu a entrepris la réalisation de « Lockgroove comix ». Les deux numéros déjà publiés dans la collection mimolette trouvent leur origine dans le « lock groove » une curiosité musicale que l’on rencontre sur les vinyles. Je laisse le professeur Menu le définir:  « Le lock groove est le mot anglais qui définit le « sillon sans fin » qui clôt chaque face enregistrée d’un disque vinyl. Ce sillon est présent sur tous les disques il forme une boucle (lock), mais la plupart du temps, il est silencieux ». Le problème, c’est qu’avec les bras et arrêts automatiques des platines et tourne-disques, ce « lock groove » est non seulement silencieux, mais également horriblement discret parce que cassé dans son immortalité. Sa configuration qui le destinait à une lecture sans fin est généralement (sauf défaut de fabrication etc.) se heurte au pragmatisme des fabricants de matériel hi-fi. Mais parfois, on déniche des « lock groove » enregistrés, c’est ainsi que depuis la lecture du premier numéro (sorti en mai), je cherche désespérément le « Sergent Pepper » des Beatles avec le Lock Groove qui clôt la deuxième face… Bref, ces bouquins offrent leur lot de surprises et vous donnent envie de vous replonger dans votre collection de 33 et  45 tours.

lockgroove3A propos de Lock Groove, je suis tombé sur un 30 cm fascinant récemment. Lors de la liquidation d’un stock de vinyls électro, dance, techno etc., j’ai découvert « Conversation Records – Communication Defines Culture ». Rien que des lockgrooves, en tout, il y en a 75! Résultat, lorsque vous regardez le vinyl vous avez une curieuse impression d’anomalie monstrueuse, chaque sillon sans fin étant séparé par une bande plus épaisse et vierge de tout gravage… 

lockgroove2Pour en revenir à « Lock Groove » (le comix!), merci donc à Menu d’avoir initier des explorations dirigées dans mes étagères… Jusqu’à aller rechercher la compile « AmRep Motors 1995 » sortie chez Amphetamine Reptile Records, label dont Menu se fait un excellent chantre dans le numéro 2 sorti en novembre. Un numéro dans lesquel Menu raconte aussi « Les Satellites », groupe rock français né dans les années 80 dont Polo était la figure centrale. Menu explique notamment l’élaboration de la pochette du premier album, « du grouve et des souris!! », sorti en 1987. Le livret se présentait comme une vraie BD forte de 12 planches illustrant les chansons… Il y a juste un petit truc qui me chiffonne. Dans un formidable et modeste commentaire, Jean-Christophe déclare: « Je suis toujours aussi fier de cette pochette… conçue où les disques n’existent qu’en vinyl! ». Erreur évidemment. En 1987, les CD existent déjà. Et de plus, j’ai bien l’impression d’avoir acheté mon exemplaire « du grouve et des souris!! » à l’époque de sa sortie, en version CD. Mais bon, là c’est peut être ma propre mémoire qui me fait défaut…

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THIEVES LIKE THEM

•janvier 31, 2009 • Laisser un commentaire

thieves-002Deux Suédois et un Américain, basés à Paris après un périple berlinois, ont été une des « sensations musicales » de la fin de l’année dernière. Le trio a sorti un album intitulé « Play Music ». Nom du groupe? « Thieves like us ». Pour beaucoup, et sans doute aussi pour nos trois musicos, ce patronyme était un hommage à New Order et à sa chanson homonyme (sortie FAC103) coécrite avec Arthur Baker. Idée originale? Dans l’esprit, oui. Au final, non.thieves_like_us1 « Thieves Like Us » avait déjà été choisi comme nom de groupe en 1980 (avant même la sortie du single de New Order). Si vous regardez la liste des auteurs/compositeurs du morceau « Mind Made » sur la pochette ci-dessus, vous remarquerez que le quatrième nom est « Parish ». Parish? Oui, John Parish, le complice de PJ Harvey. Ce single fut son tout premier 45 tours, il y jouait de la batterie et c’est à lui qu’on doit les paroles de « Mind Made ». A cette époque, le nom de « Thieves Like Us » avait été inspiré par un film de Robert Altman sorti six ans plus tôt. 

 

http://www.myspace.com/thieveslikeus